Témoignages des violences

A la demande de plusieurs personnes, voici les différents témoignages recueillis dans le cadre du questionnaire sur « L’état des violences sexistes et sexuelles à Sciences Po Toulouse ».
  • Le sexisme n’a pas d’âge – Au collège quand j’étais en 6e et de la part d’un élève de 3e « Tu ressembles à une actrice porno. Elle est rousse comme toi. » Par un membre de l’administration de l’IEP, nous étions trois et il n’y avait que deux chaises. « Mademoiselle vous pouvez vous asseoir, messieurs restez debout. » Et de nombreuses fois dans la rue : « Eh t’es blanche un peu c’est pas beau faudrait bronzer ! », « T’es chaude habillée comme ça » et j’en passe.
  • Ah, quelle est belle notre école, une communauté proche, où tout le monde se connaît et s’apprécie, où l’on sort, boit, travaille, fait du sport, fait des activités artistiques et culturelles ensemble. Ensemble. Ensemble tout le temps, tous les jours jusqu’à outrance. C’est ça que l’on appelle l’esprit corpo, cet esprit spécifique aux écoles où se côtoient les élites de la nation, où gravitent des enseignants érudits et des intervenants intelligents. L’esprit corpo c’est celui là même qui nous menace. Il fait des femmes chaque jours, les proies de remarques sexistes, commentaires désobligeants, exprimés sans complexe par des garçons, pourtant bien informés sur la définition bourdieusienne de la domination masculine. Le plus grave c’est quand cette domination se complète par l’esprit de supériorité qui règne au moment de l’inté et même encore après, entre premières et deuxièmes années. L’année dernière j’étais en première année et, après avoir couché avec un garçon après une soirée sciences po, j’ai eu le droit à des commentaires, de deuxièmes années à qui je n’avais jamais parlé et que je ne connaissais donc pas. J’étais intimidée et vulnérable, j’ai donc préféré prendre à la rigolade les réflexions bien que ces dernières me mettaient dans une situation inconfortable. Si je leur en parlais maintenant, il me rétorqueraient que c’etait « Juste pour rire ». Sauf que moi, ben je riais pas. J’avais même demandé au garçon en question de moins communiquer sur nos relations futures pour qu’on me laisse tranquille. Il faut que ça cesse. Il faut que vous compreniez que ma vie sexuelle n’appartient pas au groupe, bien que j’y appartienne moi même. Il faut que vous gardiez en tête que, lorsque vous ne connaissez pas quelqu’un, votre avis ne l’intéresse pas. Votre position ne légitime en aucun cas ce genre de comportements, et à partir de maintenant vous ne pourrez ignorez les voix qui témoignent de leur mal être, au sein d’une école qui se revendique pourtant en avance sur ce genre de questions.
  • En festival, je porte un short, un mec me met une main aux fesses alors que nous faisons la queue pour prendre à boire. Je me retourne et lui dis d’arrêter, il est ivre mort et rit avec ses amis. Il recommence. Je lui dis d’arrêter. Il a fallu que deux de mes amies lui hurlent dessus pour qu’il se calme.
  • Il est minuit, je rentre du cinéma, j’ai mes écouteurs. Un homme visiblement ivre ou défoncé commence à me parler et à marcher à ma hauteur, me demande où je vais, si je rentre chez moi, s’il peut venir. J’accélère, je lance des regards autour de moi, personne ne réagit. Finalement il s’en va, j’ai eu la peur de ma vie.
  • Agression sexuelle (mains aux fesses à plusieurs reprises, commises par des personnes extérieures à scpo) lors de de la première soirée d’inté au NIMP, ce qui a complètement gâché ma soirée
  • Une fois, dans le métro toulousain, quelqu’un me dévisageait intensément, analysait mes moindres faits et gestes, son regard était vitreux, mauvais, il avait certainement bu, il était vraiment fixé sur moi d’un air animal. J ai pris vraiment peur, j ai décidé de sortir au gong du métro pour éviter d être suivie mais malheureusement il s’est précipité en me voyant sortir, j étais donc sûre que ses intentions étaient mauvaises, et j’ai tapé le sprint de ma vie. Comme il avait bu j ai été plus rapide, heureusement.
  • Après une dispute violente, j’ai été violée par mon ex-copain (non-étudiant à l’IEP, ça faisait 1an qu’on était ensemble). Je m’en suis souvenue plusieurs mois plus tard. Aujourd’hui je le soupçonne de m’avoir droguée.
  • Harcèlement de rue à plusieurs reprises en dehors de l’IEP: exemple « eh pourquoi tu réponds pas salope, de toute façon je te casse le cul ».
  • Victime d’attouchements réguliers par mon grand père de mes 5 ans à mes 9 ans environ, je témoigne car je veux déconstruire l’image dominante du « violeur au coin de la rue ». Oui ça existe mais 90% des victimes connaissaient leur agresseur. Et moi je n’avais pas l’âge pour me rendre compte de ce que je subissais.
  • Comme toutes J ai déjà été suivie, abordée… mais J ai toujours eu de la chance car lorsque je dis « non », ils arrêtent …
  • Le climat qu’entretien sciences po entre ces membres (élèves, professeurs, membres de l’administration, travailleurs) par ses logiques de mise en compétitivité, de concurrence, de comparaison etc…. ne pousse pas à la bienveillance , l’esprit de solidarité et de fraternité qui devrait être d’avantage recherché et encouragé.
  • 1)« Tu veux faire Sciences Po ? Mais une maghrébine comme toi, sa place est ailleurs, par exemple en filière professionnelle » ! (une professeure de lycée) Une fois arrivée à l’IEP en 1A « mais qu’est-ce qu’elle fait ici celle là *regard haineux et insistant*, notre école est censée représenter le progrès et la modernité, on a pas à accueillir quelqu’un comme ça ici » – une élève de 2A 2) « espèce de salope enlèves ton voile », à la suite de quoi l’homme ouvre sa portière, j’ai du courir très vite par peur qu’il ne sorte pour m’agresser. (un couple en voiture, rue pergaminière 2017). 3) rendez-vous récurrents chez la psychologue du lycée pour jupe trop longue, demandés par les professeurs, avec un pression exercée et des questions extrêmement sexistes pour parler de la contradiction entre la longueur de mes jupes et mes très bons résultats scolaires (intersectionnalité ). 4) pression exercée par l’ensemble du personnel de la bibliothèque de ma ville d’origine durant mon année de 1ère ayant tenté de m’empêcher de venir y réviser en raison d’une tenue vestimentaire. Ces personnes ont eu raison de moi, j’ai décidé de ne plus y aller pour travailler tellement la pression était importante au quotidien, je tairais les propos dans la mesure où certains sont d’une extrême violence. Je tiens à préciser avoir connu une dépression de quelques mois après ces événements tellement la pression pour une adolescente en constructions pouvaient être destructeurs. 5) Durant un bénévolat à l’épicerie sociale de ma ville : « tu fais sciences po ? ça sert à quoi dans 5 ans je te verrais ici comme cliente et dans ta cuisine à faire du couscous  » – directeur de l’épicerie sociale 6) Sans compter les regards extrêmement insistant problématiques concernant une tenue vestimentaire, les propos discriminatoires quotidiens en raison de celle-ci subis entre 2014 et début 2018. 7) J’ai souligné certains propos révélateurs, la liste est longue. Je souhaiterais que mon expérience puisse servir à faire prendre conscience de la difficulté éprouvée au quotidien par les femmes, notamment celles qui décident pour un temps de seulement porter un turban, je n’ai pas souligné la pression structurelle et institutionnelle. Merci pour votre initiative qui permet aux femmes de s’exprimer sur la pression subie au quotidien. Si vous souhaitez en savoir plus, mon facebook est à votre disposition. M.C

 

Féministement.

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